Décroissance économique : comment l’anticiper?

Alors on parle d’économie à sommes nulles vs économie à sommes positives.
Un petit thread twitter sur le sujet
Donc si on ne retient que le périmètre humanité : :white_check_mark: économie à sommes positives
Quoi qu’en dise certains sur « la croissance ne profite pas à tous », c’est factuellement faux, ce qui serait en revanche acceptable comme assertion serait « la croissance ne profite pas EQUITABLEMENT à tous », en gros statistiquement tout le monde - au sens macro - en profite mais certains plus que d’autres mais vous conviendrez que c’est une nuance absolument essentielle.

Si tu étends le périmètre à la planète donc humanité + substrat, la question devient un peu plus complexe car cette croissance a bien sûr largement pompé dans les reserves énergétiques et est génératrice d’externalités négatives - c’est là qu’on en revient au découplage que j’évoquais plus haut - et donc à l’importance de la transition du mix énergétique de fossils vers électricité ENR+Nucléaire, ça sera bien évidemment compliqué de se passer totalement des fossils pour certains usages (typiquement l’aviation car faire voler un avion avec des batteries…)

En toute logique, le 21e siècle devrait donc être le siècle du mix ENR + nucléaire. Vous me retorquerez que le nucléaire fissile est lui aussi non renouvelable (le peak uranium est estimé à 2040 actuellement c’est très proche mais comme nous l’avons vu pour le peak oil ce n’est probablement qu’une estimation très conservatrice - par exemple, l’eau de mer contient une quantité d’uranium abondante, mais son exploitation est complexe et donc chère) par conséquent, on ne fait que repousser l’échéance : oui c’est vrai, mais alors ça répousse l’échéance à une certaine distance temporelle qui donne justement le mou indispensable pour les innovations techno essentielles de demain (stockage de l’électricité, supraconducteurs à temperature et pression ambiante, ordinateurs quantiques, smart grid, captation carbone sur les sites de production et d’extractions fossils, optimisation du recyclage, et pourquoi pas un jour, on peut en l’espérer la fusion nucléaire qui devrait presque « plier le game »).

Croissance n’est pas incompatible avec sobriété, c’était mon laius sur le découplage.

Pour conclure, bien que je tende vers la team « croissance infinie » comme dit plus haut, j’ai bien sûr de nombreuses incertitudes, la fin de l’âge nucléaire : est ce qu’on aura réussi à temps la rupture technologique fondamentale de la fusion, c’est réaliste mais ça reste une course contre la montre et le bien sûr le pic démographique (projection actuelle 11 milliards vers 2080).

Bonjour à tous,
Je pense que tous les commentaires, dont le votre mais je ne focalise en rien sur tel ou tel point de vue, restent flou ou imprécis sur l’analyse de JM Jancovici. On confond « économie », « finance » et « flux physiques ». Je dirai même que le souci majeur est la destruction extrême du vivant.
Je cite d’ailleurs votre expert favori : « que vaudront nos portefeuilles si l’air n’est plus respirable, n’a plus sa composition chimique avec 21% d’oxygène ? » Telle qu’est construite l’économie de nos sociétés, un prix est un cumul de valeur rémunérant le travail, le tout reposant sur l’énergie alimentant des machines. Nous, l’Humanité, sommes dans une méga-machine qui entretient un truc qui s’appelle la Finance. Celle-ci disparaitrait si les activités humaines s’effondreraient. D’accord, il faut nuancer entre effondrement, lente décroissance et crises successives. Il n’empèche que des systémistes comme Arthur Keller vous montrent que nous allons (sommes déjà ?) vers des états de cette méga-machine critiques, car les ressources ne suivront tout simplement pas. Les lois physiques ne se votent pas. Elles se comprennent, s’intègrent, s’utilisent pour le mieux (moins de travaux pénibles), pour le pire (Hiroshima), bref, à quels fins par quels moyens ?
Que vaut 1 000 000 € dans le désert où 1 litre d’eau pourrait vous sauver de la mort ?
Il n’y a pas de génie humain. Il y a la vie que nous connaissons si mal et nos désirs pilotés par une intelligence ayant besoin de se requestionner très profondément, philosophiquement, poétiquement, humainement tout simplement. Que veut dire Amour ? Que veut dire interdépendance de tous les uns par rapport aux autres ?
Les croyances du système dominant, càd en cette méga-machine, dépassent toutes les religions, systèmes de croyance nés du besoin de de relier en des temps où le matériel ne satisfaisait pas les besoins alimentaires, sanitaires, … Bref, qu’est-ce la richesse ? Nous-mêmes. Point. Dans l’écosystème dont nous sommes.
Tout au plus, investir dans le vivant, le foncier, les forêts, ce qui nous nourrit, l’eau en premier. L’or n’a que la valeur que le reste lui donne, càd nous à supposer que nous ayons l’eau, les ressources vitales et l’Autre, celui qui permet l’existence de nos désirs.
JM Jancovici ne fait que projeter des craintes réelles sur l’évolution de nos sociétés gouvernées par l’abondance … énergétique. Et il n’est en rien souhaitable de trouver un moyen suicidaire d’avoir de plus en plus d’énergie. Pour détruire encore davantage du vivant ?
Ecouter Aurélien Barrau. N’en déplaisent aux investisseurs dont je suis !
Bonne vie à tous

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Je partage pleinement ton point de vue. L’homme a la capacité constante de concevoir, améliorer et innover. Cependant, le problème réside dans le coût associé : Plus nous évoluons, construisons, plus nous détruisons. Malgré les années de discussions sur l’état critique de notre planète, la croissance reste énergivore. Les innovations bioénergétiques sont sous-exploitées, tandis que la création du Bitcoin s’avère être un gouffre énergétique, et de nouvelles centrales nucléaires sont mises en place. Dans ce contexte, je choisirais de conserver de l’or en prévision d’éventuels problèmes, comme une altération de la couche d’ozone.

réponse aux 3 questions initiales
Comment protéger son portefeuille en prévision de ces événements ?
Voir les stratégies de Mark Spitznagel avec son hedge fund https://www.universa.net/
lire son livre Safe Haven par curiosité car peu de conseils à activer pour l’investisseur individuel. Ce fonds est basé sur les idées exposées par Taleb dans Black Swan. En un mot, le principe de l’assurance, je perds des petites sommes (aka prime d’assurance) , mais je gagne gros si catastrophe (indemnisation des dommages)
Je vous laisse vous référer directement aux écrits de Spitznagel et Taleb.

Y aura-t-il toujours la possibilité d’aller chercher de la performance et si oui comment ?
Oui, de nouvelles opportunitées sont systématiquement générées par toute nouvelle situation( macro-éco, techno). Indépendemment de sociétés qui seront sur les nouveaux marchés, on peut imaginer toute sorte de nouveaux produits. exemple récent le s cryptos

Le marché action peut-il continuer a grimper inexorablement dans un contexte de décroissance structurelle et généralisée ?
la valuation des entreprises se fait sur le discounted cash flow, donc si en aggrégé le cash flow total de toutes les sociétés côtées est tendenciellement négatif année aprés année, l’indice représentant le marché sera négatif année aprés année. Ce qui, mené à l’absurde une majorité de sociétés feront faillite; :grinning:

Discussion intéressante, mais je voulais revenir sur la question de la fusion nucléaire, souvent présentée comme la solution miracle… Simple rappel de la définition d’énergie en physique « une grandeur qui mesure la capacité d’un système à modifier un état ». La question n’est pas tant de savoir si l’énergie produite est propre, mais de savoir ce que l’on en fait. Or, il est plus que probable qu’on ira vers une hyper-artificialisation de notre planète, et que ça finira mal, tôt ou tard. En tout cas à titre personnel j’en suis convaincu.

Par contre peu probable que l’on assiste à cela de notre vivant. Je tiens à rappeler que la faisabilité du truc n’a pas encore été démontrée en condition réelle. L’entretien de la fusion nucléaire consomme plus d’énergie qu’elle n’en produit.

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Oui, la fusion si tant est qu’elle arrive un jour sera trop tard pour limiter les conséquences du changement climatique. C’est maintenant qu’on doit réduire nos émissions de CO2, pas dans 80 ans. Car y aura pas de retour en arrière.

Et sur le nuclaire de manière générale, c’est un débat en France mais à l’échelle internationale, c’est pas grand chose. Les scénarios optimistes nucléaires, c’est 15% max du mix dans 30 ans…

Enfin, ici dans le thread, ça parle beaucoup investissement de manière déshumanisé. Mais les conséquences sur la vie de tous les jours, on va bien être impacte. Les 50 à Paris l’été, ça va arriver.
Les morts dus aux phénomènes climatiques extrêmes vont augmenter… ce n’est pas juste l’argent mais c’est avec la vie des gens aussi qu’on joue. Et comme je le disais, pas de retour en arrière possible, donc si on continue à émettre du CO2 comme maintenant, et qu’on aime pas les conséquences, bah ce sera trop tard,…

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Le monde d’aujourd’hui serait donc mieux qu’avant… J’ai donc d’autres indicateurs qui témoignent de la réussite de notre fantastique système : les populations de vertébrés sauvages ont décliné de 73% entre 1970 et 2020, en 30 ans environ 80 % des insectes auraient disparu en Europe, il est estimé que les espèces animales disparaissent de 100 à 1000 fois plus vite que par le passé, les plantes environ 350 fois plus vite, les feux de forêts ont été multipliés par 4,5 en quelques décennies, plus de 15 milliards d’arbres sont éradiqués tous les ans, plus de 75% des terres émergées sont dégradées par l’homme, … Prodigieux n’est-ce pas ?

Tous les indicateurs cités par @Zootime sont exclusivement sur le plan humain, mais sans doute que le reste du monde vivant est insignifiant à vos yeux. Nous, les humains, êtres de lumières, sommes une bénédiction pour les autres espèces. Et notre grandeur nous précède : nous représentons 0,01% des créatures vivantes et avons causé 83% des pertes animales depuis le début de la civilisation. Grandiose, n’est-ce pas ?

Mais notre merveilleux système n’est pas en reste sur le plan humain : 25% de la population pourrait bientôt manquer d’eau, on évalue actuellement à environ 200 à 500 millions de réfugiés climatiques dans 30 ans, dans les zones urbaines 80% de la population est soumise à des niveaux de pollution qui ne respectent pas les recommandations de l’OMS, l’eau sale occasionne au niveau planétaire environ 5 millions de mort par an, environ 500 000 personnes meurent chaque année à cause de la chaleur… Extraordinaire, n’est-ce pas ?

Quant à l’image du Français de 1924 qui serait incapable de prédire le monde de 1974… 3 scientifiques du MIT ont prédit en 1974 (avec 2 ans d’avance : 1972 - Limits to Growth) à quoi ressemblerait le monde de 2024. Sûrement une lecture à ajouter si ce n’est pas déjà fait :upside_down_face: … Et puis citer un économiste pour parler d’un problème physique, celle-là je ne l’aurai pas tentée.

Cette décroissance tant annoncée est déjà visible, en Europe où les ressources fossiles sont désormais essentiellement importées. Mais elle échappe aux indicateurs économiques, avec lesquels on peut dire n’importe quoi, puisqu’elle est physique. Ce qui est certain, c’est que l’approvisionnement fossile va décroître, et que la ressource fossile est à date le support de l’économie mondiale. J’imagine que vous êtes ingénieur multi expertises pour connaître les prochaines avancées de demain, même si pour la fusion nucléaire, je doute qu’elle arrive dès demain (fun fact : le problème climatique et énergétique c’est demain). En ayant lu l’argument de la conquête spatial, de l’informatique quantique et de l’IA pour parler de notre appareil productif, j’imagine que je m’adresse à l’élite.

Et puis parler de la Renaissance, synonyme de réussite occidentale, acquise par l’éradication et l’oppression de différents peuples, celle-là non plus, je ne l’aurai pas tentée.

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