@Jean.9
Je pense que tu as bien posé le sujet, mais je ne partirais pas du principe que “SELAS + holding” est automatiquement supérieur à “SELARL + holding”.
À mon avis, il faut séparer trois sujets qui se mélangent vite :
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ta rémunération de travail ;
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les dividendes que tu veux éventuellement sortir en perso ;
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la trésorerie que tu veux capitaliser et investir sans la sortir tout de suite.
Le premier point important : le régime mère-fille ne nécessite pas spécialement une SELAS. Une holding / SPFPL à l’IS peut recevoir des dividendes d’une filiale avec une quasi-exonération, en pratique 95 % exonérés et 5 % réintégrés, si les conditions sont remplies, notamment détention d’au moins 5 % pendant au moins 2 ans. Ce mécanisme peut fonctionner avec une SELARL comme avec une SELAS. Donc si ton raisonnement est “je passe en SELAS pour faire remonter les dividendes à la holding”, ce n’est pas forcément la bonne raison.
Là où la SELAS change vraiment les choses, c’est plutôt au niveau de la sortie vers toi en personne physique et du régime social du dirigeant.
En SELARL, si tu es gérant majoritaire / TNS, les dividendes distribués au-delà du seuil prévu peuvent être réintégrés dans l’assiette sociale. C’est ce qui rend souvent les distributions perso assez peu attractives en SELARL quand les montants deviennent importants.
En SELAS, le président est assimilé salarié pour son mandat. En général, les charges sur rémunération sont plus élevées qu’en TNS, mais les dividendes versés à une personne physique ne sont pas traités comme de la rémunération sociale de la même manière qu’en gérance majoritaire de SARL/SELARL. En revanche, ils restent fiscalisés comme revenus de capitaux mobiliers. Donc oui, la SELAS peut être intéressante si la stratégie repose vraiment sur beaucoup de dividendes à sortir en perso. Mais si tu continues à te verser surtout 70k de rémunération de travail, le surcoût social annuel peut vite absorber l’intérêt.
Autre point à ne pas négliger : depuis les évolutions récentes sur les SEL, la rémunération “technique” des associés au titre de l’activité libérale est en principe imposée en BNC, et non plus automatiquement comme salaire, sauf situations particulières. Ça veut dire qu’il ne faut pas raisonner comme sur une SAS classique. Il faut bien distinguer rémunération de l’activité libérale, rémunération du mandat social, dividendes, et flux vers la SPFPL.
Sur la SPFPL, je serais aussi prudent. Il y a eu pas mal d’incertitude après l’arrêt de la Cour de cassation de 2023 sur les dividendes versés par une SELARL à une SPFPL. La réponse ministérielle de 2025 semble plutôt dire qu’il ne faut pas généraliser ce cas à toutes les SPFPL, mais que l’affaire visait une situation très spécifique où les dividendes ressemblaient fortement à une remontée indirecte du revenu d’activité du professionnel. Dit autrement : la holding reste un outil possible, mais il ne faut pas monter un schéma trop artificiel où tout le bénéfice issu de ton travail est simplement remonté pour éviter les cotisations.
Avec 450k de trésorerie, je pense que la vraie question est moins “SELARL ou SELAS ?” que “qu’est-ce que tu veux faire de cette trésorerie ?”.
Si tu veux la sortir en perso à court terme, il y aura forcément un frottement fiscal/social important. Le montage ne le fera pas disparaître.
Si tu veux la capitaliser pour investir sur 10, 15 ou 20 ans, la holding/SPFPL peut devenir intéressante, parce qu’elle permet de faire remonter une partie du cash et de l’investir sans passer immédiatement par ta fiscalité personnelle.
Si tu veux simplement optimiser ta rémunération annuelle de 70k, la SELARL peut rester très efficace. Passer en SELAS pour payer 20k de charges en plus chaque année n’a de sens que si tu récupères davantage ailleurs, et pas seulement sur le papier.
Le piège classique, à mon avis, c’est de comparer uniquement “cotisations SELARL vs cotisations SELAS” ou uniquement “dividendes SELARL vs dividendes SELAS”. Il faut faire une simulation complète sur plusieurs années.
Par exemple, à tester sérieusement :
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SELARL actuelle, simple, avec rémunération TNS et distribution limitée ;
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SELARL + SPFPL, pour capitaliser une partie de la trésorerie ;
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SELAS + SPFPL, si tu envisages vraiment une stratégie de dividendes plus importante.
Et dans chaque scénario, il faut regarder le cash net perso, le cash qui reste investi en société, les cotisations, l’IR, l’IS, les prélèvements à la sortie, les frais de structure, les obligations comptables, et les règles propres à ta profession.
Sur ton cas, avec les seules infos données, mon intuition serait plutôt :
la holding/SPFPL peut être pertinente vu la trésorerie disponible ;
le passage en SELAS est beaucoup moins évident ;
et je ne le ferais pas uniquement pour “optimiser” les dividendes.
Le surcoût social de 20k/an est un coût certain. L’avantage de la SELAS, lui, dépend vraiment de ta stratégie de sortie du cash, de ton besoin de revenu perso, de ta profession, et de la manière dont les flux sont structurés.
Donc je regarderais d’abord le scénario “SELARL + SPFPL” avant de transformer la SELARL en SELAS. C’est probablement le scénario le plus naturel à modéliser en premier.
À ta place, je ferais faire une simulation sur 5 à 10 ans par un expert-comptable qui connaît vraiment les SEL/SPFPL, pas juste une simulation générique SARL/SAS. C’est typiquement le genre de sujet où une optimisation qui paraît évidente en théorie peut devenir beaucoup moins intéressante une fois qu’on met tous les frottements et toutes les contraintes dans le tableau.