Salut Ă tous,
Je comprends l’idée du “tout-crypto” après le matelas de sécu, mais il y a 3 angles qu’il faut verrouiller avant de faire le saut : fiscalité FR (ce qui est ou non imposable dans l’écosystème), cadre réglementaire EU (MiCA, surtout pour les stables) et risques spécifiques (dépeg, smart-contracts, contrepartie RWA, tenue de registres/AML).
Sur la fiscalité FR, deux points clés contredisent l’idée “pas d’impôt tant qu’on reste on-chain” :
• Les échanges crypto→crypto ne déclenchent pas d’imposition sur la plus-value (régime 150 VH bis) tant qu’il n’y a pas conversion en monnaie fiat ou paiement d’un bien/service. En revanche, payer avec une carte type Gnosis/crypto (dépense d’un actif) est une cession imposable. 
• Les revenus perçus dans l’écosystème restent imposables l’année de perception : loyers de RWA, intérêts/prêts, staking, etc. Par défaut : PFU 30 % pour les revenus de capitaux mobiliers (dividendes/intérêts) et BNC pour certaines activités (mining/staking selon les cas). Autrement dit, encaisser des loyers tokenisés ou des intérêts de prêt n’est pas fiscalement neutre même sans sortie en €. 
Sur RealT (ou équivalents RWA immobiliers US) : la plateforme indique recourir à une exemption de retenue à la source US (de minimis), mais côté France, les loyers que tu touches restent des RCM à déclarer (soumis au PFU ou au barème). Et pour tout revenu US, il faut en pratique un W-8BEN pour faire valoir le traité et éviter la retenue standard. Donc oui, tu peux rester on-chain, mais ta fiscalité FR s’applique. 
Sur les stablecoins : attention à la confusion “5–5,5 % net garanti”. Depuis l’entrée en vigueur de MiCA sur les stablecoins (ART/EMT), les émetteurs et même les CASP EU n’ont pas le droit de rémunérer les détenteurs (interdiction d’“interest/remuneration”). Les rendements affichés en Europe viennent donc de protocoles tiers (DeFi, MMF tokenisés, etc.), avec risque smart-contract/contrepartie et sans garantie. Et il y a un risque de dé-peg (ex. USDC en mars 2023). 
Côté réglementaire/AML : si tu utilises des plateformes hors de France, pense à la déclaration 3916-bis de tes comptes d’actifs numériques à l’étranger (amende en cas d’oubli). Tenue d’un journal précis (PRU, dates, flux) indispensable — c’est ce qui évite les redressements et pénalités. 
Je partage aussi la réserve de @Maxime171 sur le risque quantique, mais il faut la cadrer : aujourd’hui, le risque est prospectif ; les standards post-quantiques (NIST FIPS 203/204/205) sont publiés et l’écosystème pourra migrer, même si ce ne sera pas trivial. C’est un risque techno systémique qui plaide contre un portefeuille 100 % centré sur la même pile crypto, pas un “game over” à court terme. 
Sur la stratégie que tu proposes (après matelas en banque) :
• 20–30 % stables : en EU, oublie la “rente de l’émetteur”. Si tu veux du rendement, ce sera via protocoles (ou fonds monétaires tokenisés régulés) → limite la taille par protocole, surveille la liquidité et le risque de perte en capital (exploit/bug). Ne mets pas plus de 5–10 % par protocole et évite les APY anormalement élevés (subventions temporaires). 
• 20–30 % BTC/ETH : logique comme cœur. Formalise un cadre de désengagement (paliers ou DCA inversé) pour éviter les regrets en haut de cycle. (Fiscalement neutre en crypto-crypto, imposable à la sortie en €.) 
• ~10 % RWA (RealT & co.) : considère ça comme revenus imposables (RCM) + risque juridique émetteur/actif sous-jacent. Diversifie par actif/plateforme et vérifie la chaîne de propriété (droits des porteurs, gouvernance, recouvrement). 
• ~20 % alts (AAVE, TAO, etc.) : borne le poids unitaire (2–3 % par ligne max), triggers clairs de prise de profit (x2 = retour du capital), stops temporels et pas de levier sur cette poche.
Et deux garde-fous pratiques si tu veux réellement un portefeuille “crypto-first” :
1. Custody : ≥ 70 % en self-custody (hardware, multi-sig si taille significative), 20–30 % sur CEX régulés (sécurité opérationnelle, fiat-rails), séparation stricte des clés et sauvegardes.
2. Concentration des risques : pas plus de 50 % sur une seule blockchain d’exécution (EVM/Solana…), pas plus de 30 % agrégé sur stables d’un même émetteur, pas plus de 10 % sur un seul protocole DeFi. Ça ne diversifie pas la “classe d’actifs”, mais ça fractionne les points de défaillance.
Enfin, point soulevé par @R_C : tu as raison de te pencher d’abord sur la fiscalité au cas par cas (RWA, lending, LP…). Le cadre FR est clair sur les cessions (150 VH bis) et sur l’imposition des revenus perçus (PFU/BNC). Là où beaucoup se font piéger, c’est l’absence d’historique fiable. Sans PRU traçable, l’administration peut estimer un coût nul (et taxer la totalité de la cession). Mieux vaut sur-documenter que l’inverse. 
En synthèse : vivre “crypto-first” est faisable, mais “100 % crypto” (hors matelas) te laisse exposé au même régime de risques (techno/réglementaire/market-structure). Si tu le fais, impose-toi des quotas par protocole/émetteur, accepte que la rente des stables en EU n’est pas garantie par l’émetteur (MiCA), traite les revenus on-chain comme imposables l’année de perception, et tiens une comptabilité nickel (et 3916-bis si comptes hors FR). Ça ne tue pas la thèse, ça la rend soutenable.