@Diane16
Franchement, vu ce que tu racontes, je trouve que tu as déjà évité deux très grosses erreurs.
La première, c’est le montage “300 k€ de SCPI européennes à crédit sur 15 ans” alors que ton objectif est surtout de sécuriser ta retraite. La deuxième, c’est le réflexe de dire non aux produits structurés parce que tu n’en comprenais ni le couple rendement/risque ni la mécanique. Sur ces deux points, ton instinct a plutôt bien travaillé. L’AMF rappelle d’ailleurs depuis quelque temps que les produits structurés sont complexes, avec des frais parfois peu lisibles et des risques de mauvaise compréhension chez les particuliers. Donc ta méfiance n’a rien d’irrationnel.
Sur la partie SCPI à crédit, je vais être assez nette : je n’aime pas du tout l’idée dans ton cas. Tu n’as pas besoin d’un effet de levier à tout prix, tu n’as pas d’impôt sur le revenu à gommer, tu n’as pas un besoin de sophistication fiscale, et tu veux avant tout un complément de revenu ou un capital raisonnablement solide pour la suite. T’endetter sur 15 ans pour acheter un actif peu liquide, avec un rendement qui peut baisser, une valeur de part qui peut baisser, et des frais d’entrée très élevés, ça ne colle pas avec ton profil ni avec ton objectif. Le levier immobilier peut avoir du sens dans certains cas. Là, j’ai surtout l’impression qu’on essaye de faire rentrer ta situation dans une recette commerciale.
Sur l’assurance-vie luxembourgeoise, même chose : je ne dis pas que c’est mauvais en soi, je dis que dans ton cas ce n’est pas nécessairement le bon outil. Le Luxembourg apporte surtout trois choses : un cadre juridique solide, le “triangle de sécurité”, et parfois plus de souplesse pour des patrimoines élevés, internationaux ou avec des contraintes particulières. Mais quand on te met 3 % de frais d’entrée, 1 % de frais de gestion annuels et 1 % de frais de gestion pilotée, tu démarres avec un handicap énorme. Si derrière on te met en plus des fonds chargés en frais, tu peux facilement te retrouver avec 2 % à 3 % de coût annuel tout compris. Sur 15 ou 20 ans, c’est considérable. Et pour un profil simple comme le tien, célibataire, sans enjeu successoral spécifique, sans fiscalité française complexe, je ne vois pas ce qui justifie ce niveau de coût. L’enveloppe luxembourgeoise n’est pas une mauvaise réponse. C’est juste souvent une réponse beaucoup trop chère à un problème que tu n’as pas.
Sur Ramify, le point rassurant, c’est que ce n’est pas une plateforme sortie de nulle part. Ils sont bien enregistrés à l’ORIAS, avec les statuts réglementés classiques de courtier en assurance, CIF et intermédiaire en crédit/paiement. Donc sur le sérieux “administratif”, je n’ai pas de drapeau rouge particulier.
Mais ça ne veut pas dire que la solution proposée sera forcément adaptée. Il faut vraiment séparer les deux sujets : un acteur peut être sérieux et te vendre malgré tout un produit qui n’est pas le meilleur pour toi.
À mes yeux, ton vrai sujet n’est pas “quel produit premium choisir ?”. Ton vrai sujet, c’est de structurer les 400 k€ de façon simple, supportable psychologiquement, et cohérente avec ton horizon retraite.
Et là, ton message donne déjà une piste très claire. Tu as ouvert un CTO chez IBKR. Tu as fait une erreur classique au départ, du stock-picking, tu as pris une claque, et tu es en train de revenir vers quelque chose de plus simple, type ETF World. Honnêtement, c’est probablement dans cette direction qu’il faut aller. Le point à corriger, c’est la phrase “tant qu’on ne vend pas, on ne perd pas”. En réalité, la perte existe déjà économiquement. Le fait de ne pas vendre ne la fait pas disparaître, ça la reporte juste. Donc si tes positions de stock-picking n’ont plus de sens dans ton plan, il vaut mieux les regarder froidement comme un coût d’apprentissage et repartir proprement que de les garder juste pour éviter d’acter l’erreur.
Si je devais te proposer une structure simple et réaliste, ce serait plutôt quelque chose comme ça.
Tu gardes une vraie poche de sécurité et de confort. Pas 10 k€ symboliques. Plutôt 18 à 24 mois de dépenses, vu que tu n’as pas de pension “classique” à attendre et que tu veux te créer de la marge. Cette poche peut rester en cash rémunéré, comptes à terme, fonds monétaires, ou équivalent très prudent. Le but n’est pas le rendement. Le but est de ne jamais être forcée de vendre les autres poches au mauvais moment.
Tu construis ensuite une poche “revenu / stabilité” avec des supports obligataires simples et lisibles, de bonne qualité, ou éventuellement une poche monétaire/obligataire selon ce qui est accessible dans ton cadre de résidence fiscale. Le rôle de cette poche n’est pas de battre les actions. Le rôle est de lisser la trajectoire et de financer progressivement les premières années de retraite si besoin.
Et tu mets la partie long terme en ETF larges et peu chers, sans chercher à être brillante. Un World en cœur, éventuellement un peu d’émergents si tu veux, mais surtout pas dix lignes, pas de fonds ésotériques, pas de stock-picking. Le gros intérêt de cette approche, c’est qu’elle est transparente, liquide, peu coûteuse, et que tu peux la piloter toi-même sans dépendre d’un conseiller qui met trois semaines à te rappeler.
Dans une logique très simple, ça pourrait donner un ordre de grandeur du type 40 % prudent, 20 % intermédiaire/stable, 40 % actions monde. Ou 30/20/50 si tu es plus à l’aise avec la volatilité. Ce n’est pas une vérité absolue, mais c’est beaucoup plus cohérent avec “je veux préparer ma retraite sans faire n’importe quoi” que “je mets 300 k€ de SCPI à crédit et le reste en produits structurés ou en AV lux chargée”.
Sur l’immobilier papier, justement, je ne mettrais pas zéro par principe, mais je ne construirais pas le plan autour de ça. Tu peux très bien avoir une petite poche de SCPI ou de REITs plus tard si tu veux diversifier, mais pas comme socle principal, et certainement pas à crédit dans ta situation.